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« QUE CESSE L’OCCUPATION ! » PAJU No 861, 11 août 2017:Les juifs fondamentalistes en Israël excluent les juifs d'esprit ouvert

Date de publication : 2017-08-11

par Gil Steinlauf

Lorsque j’ai découvert la semaine dernière que j’étais l’un des 160 rabbins à ne pas avoir la confiance de la classe des rabbinats orthodoxes israéliens, je me suis rappelé d’un incident que j’avais vécu il y a plusieurs années. J’avais 19 ans et je me suis permis d’être « enlevé » au Mur des Lamentations à Jérusalem. C’était une chose bien connue à l’époque : si l’on était un enfant américain explorant son judaïsme et que l’on voulait recevoir une invitation à un foyer ultra-orthodoxe pour un repas au sabbat, on flânait tout simplement devant le mur occidental un samedi après-midi jusqu’à ce qu’un orthodoxe vienne nous demander si on voulait se joindre à sa famille pour le repas du sabbat. Comme tant de jeunes Juifs américains qui ont grandi dans des familles laïques, j’étais en Israël pour approfondir mon identité juive.

Les juifs fondamentalistes en Israël excluent les juifs d'esprit ouvert

Lorsque j’ai découvert la semaine dernière que j’étais l’un des 160 rabbins à ne pas avoir la confiance de la classe des rabbinats orthodoxes israéliens, je me suis rappelé d’un incident que j’avais vécu il y a plusieurs années.

J’avais 19 ans et je me suis permis d’être « enlevé » au Mur des Lamentations à Jérusalem. C’était une chose bien connue à l’époque : si l’on était un enfant américain explorant son judaïsme et que l’on voulait recevoir une invitation à un foyer ultra-orthodoxe pour un repas au sabbat, on flânait tout simplement devant le mur occidental un samedi après-midi jusqu’à ce qu’un orthodoxe vienne nous demander si on voulait se joindre à sa famille pour le repas du sabbat. Comme tant de jeunes Juifs américains qui ont grandi dans des familles laïques, j’étais en Israël pour approfondir mon identité juive.

Un homme orthodoxe m’a conduit à travers les rues magiques et sinueuses de la vieille ville jusqu’à ce que nous arrivions enfin à un petit appartement. Il y avait une table du sabbat grande et joliment décorée. Nous sommes arrivés en retard : il y avait déjà au moins sept autres Américains, et ils avaient fini de manger. L’appartement appartenait à un jeune couple. La femme, une femme robuste vêtue modestement d’un vêtement orthodoxe, m’a conduit à la table. Son mari, un homme mince avec une longue barbe noire, une chemise blanche et un pantalon noir avec des franges rituelles accrochées à l’avant, parlait déjà au groupe.

« Et donc tout dans ce monde dépend des Mitsvots que nous faisons », disait-il en utilisant la prononciation yiddish de « Mitsvot », le mot hébreu pour « les commandements religieux ». « Il n’y a pas d’exception. Vous faites les Mitsvots, et votre vie sera bien et le monde sera en paix et nous recevrons, si Dieu le veut, le Messie. Mais si le peuple juif ne fait pas ses Mitsvots, cela entraînera une calamité sur notre peuple ».

« Attendez une minute », a déclaré l’un des jeunes. « Qu’en est-il de l’Holocauste? Est-ce que vous dites l’Holocauste? »

« Je dis absolument l’Holocauste! » interrompit l’homme barbu. « Tout ce que vous avez appris sur l’Holocauste est faux. Les nazis n’étaient qu’un instrument de Hashem Dieu! Hashem a infligé l’Holocauste au peuple juif, et, savez-vous pourquoi? C’est parce que les Juifs d’Europe se sont éloignés d’une vie de piété. Ils abandonnaient leur kashrus, ils profanaient le sabbat! » Nous étions assis un instant en silence, stupéfaits.

Il a poursuivi : « Et ne pensez pas seulement à de grandes choses. Chaque mitsva compte. L’Holocauste a peut-être été amené parce que trop de Juifs ne vérifiaient pas régulièrement leurs mezuzoth sur leurs portes pour s’assurer qu’ils étaient encore kascher! »

Je voulais juste partir. Je ressentais un océan de différence entre ce que j’étais et qui était cet homme ultra orthodoxe. Ce sentiment m’est revenu la semaine dernière quand j’ai lu la dernière manœuvre du Rabbanut, l’autorité religieuse officielle du gouvernement israélien. L’autorité a recueilli les noms des rabbins de la diaspora orthodoxes et non orthodoxes dont les lettres attestant de la judéité des immigrés cherchant à prouver leur identité juive en Israël seront rejetées purement et simplement. La raison? Nous pouvons la deviner. Le Rabbanut n’a offert aucune explication sur la façon dont il a décidé à quels rabbins il donne sa confiance et ceux à qui ne la donne pas. Nous tous, sur la liste noire, avons signé des lettres attestant de la judéité des gens que le rabbinat a refusé d’accepter. Mais un porte-parole du rabbinat a déclaré au Jewish Week qu’il n’y avait « aucun critère clair » concernant les recommandations sur lesquelles il se base.

Beaucoup de rabbins de la liste pratiquent un judaïsme plus ouvert et plus pluraliste que nos collègues ultra-orthodoxes qui dirigent le Rabbanut. Et un certain nombre de choses pourraient m’avoir mis sur la liste : je suis un rabbin conservateur qui est franc sur les questions de justice sociale; je demande une interprétation progressiste des lois juives anciennes; je suis ouvertement gai; quand je crois que les politiques d’Israël sont immorales, je le dis publiquement.

Et je sais que les rabbins sur la liste avec moi ne sont pas les seuls rabbins sur cette liste noire. La liste noire comporte vraiment tous les rabbins qui ne souscrivent pas à la vision étroite du Rabbanut, qui considère que la seule forme valable du judaïsme est celle qui respecte les plus strictes interprétations de la loi juive et des valeurs sociales les plus traditionalistes. Surtout, je me sens triste parce qu’il ne s’agit pas seulement des rabbins : tous les juifs progressistes ont été rejetés. Le Rabbanut exclut tous ceux qui accueillent des questions ouvertes, la diversité, le pluralisme et de nombreux chemins vers Dieu et la sainteté au sein de notre peuple et dans le monde.

Je pleure pour tout le peuple juif, pour le mépris du Rabbanut envers les juifs qui ne sont pas comme eux. Je déplore la façon dont ces autorités sapent l’unité juive dans l’intérêt de leur pouvoir politique. En Israël, il n’y a pas de séparation entre la synagogue et l’État, et depuis 1948, les juifs ultras orthodoxes ont eu l’autorité exclusive sur les questions de statut personnel dans la loi israélienne. En outre, le groupe ultra orthodoxe exerce un pouvoir considérable au parlement israélien et une grande influence sur la législation adoptée. Ce mélange mortel de politique et religion déchire le monde juif à travers cette liste noire et des tactiques d’exclusion similaires, notamment l’accord récent entre les juifs ultras orthodoxes et le premier ministre Netanyahou pour révoquer un accord qui aurait officiellement sanctionné les services de prière pluralistes au Mur occidental.

Enfin, mon cœur se brise pour tous ces enfants juifs comme je l’étais autrefois, qui ne veulent rien d’autre que d’entrer dans le monde traditionnel, sentir sa profondeur et sa chaleur. Il y a des années, j’y ai trouvé la méfiance, le rejet et la logique tordue à la place. Et maintenant, le reste du monde trouve ces mêmes éléments par rapport à cette liste méprisable et l’esprit fermé du Rabbanut.

Adapté de: https://www.washingtonpost.com/news/posteverything/wp/2017/07/13/im-an-american-rabbi-israel-no-longer-recognizes-my-religious-authority/?hpid=hp_hp-cards_hp-posteverything%3Ahomepage%2Fcard&utm_term=.fdd5218c10dc

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