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« QUE CESSE L’OCCUPATION ! » PAJU No 891, 9 mars 2018: Les nouveaux admirateurs d’Israël : les nationalistes blancs de droite

Date de publication : 2018-03-09

par Harry Blain

Richard Spencer, l’un des principaux visages du mouvement qui a fait un salut nazi à Donald Trump devant une foule de fidèles rasés et ravis, exprime une grande admiration pour ce seul état du monde qui se dit juif. D’autres partisans de premier plan de « alt-right », tels que Milo Yiannopoulos et Steve Bannon, sont du même avis. Pourquoi?

Le modèle d’« ethno état »

Quand Richard Spencer est interrogé sur son étiquette préférée, il met de côté « suprémaciste blanc » en faveur de « identitaire » un terme évoquant le drapeau ondulant et les pétitions plutôt que des drapeaux brûlés. Comme d’anciens partisans d’une suprématie blanche encore « respectable », Spencer esquive soigneusement les questions embarrassantes sur Hitler, les Juifs et l’Holocauste. Au lieu de cela, il s’accroche à son propre message : le multiculturalisme a échoué, le nationalisme civique est une imposture et la meilleure solution pour tous est de vivre dans des États autonomes et ethniquement homogènes. C’est ici que Spencer trouve un modèle dans l’État d’Israël.

Les nouveaux admirateurs d’Israël : les nationalistes blancs de droite

Richard Spencer, l’un des principaux visages du mouvement qui a fait un salut nazi à Donald Trump devant une foule de fidèles rasés et ravis, exprime une grande admiration pour ce seul état du monde qui se dit juif. D’autres partisans de premier plan de « alt-right », tels que Milo Yiannopoulos et Steve Bannon, sont du même avis. Pourquoi?

Le modèle d’« ethno état »

Quand Richard Spencer est interrogé sur son étiquette préférée, il met de côté « suprémaciste blanc » en faveur de « identitaire » un terme évoquant le drapeau ondulant et les pétitions plutôt que des drapeaux brûlés. Comme d’anciens partisans d’une suprématie blanche encore « respectable », Spencer esquive soigneusement les questions embarrassantes sur Hitler, les Juifs et l’Holocauste. Au lieu de cela, il s’accroche à son propre message : le multiculturalisme a échoué, le nationalisme civique est une imposture et la meilleure solution pour tous est de vivre dans des États autonomes et ethniquement homogènes. C’est ici que Spencer trouve un modèle dans l’État d’Israël.

« On pourrait dire que je suis un sioniste blanc », a-t-il déclaré en Israël en août 2017 à la chaîne israélienne Channel 2. Il a ensuite décrit l’État juif comme l’« ethno état le plus important et peut-être le plus révolutionnaire ».

De nombreux défenseurs d’Israël rejettent le terme d’« ethno état », en insistant sur l’esprit d’égalité inscrit dans la Déclaration d’indépendance du pays et sur le droit de ses citoyens arabes de voter et de se présenter aux élections. Il y a aussi un débat théorique sur cette question entre ceux qui décrivent Israël comme une « ethnocratie » et, ceux qui le disent une « démocratie ethnique ». Mais, pour trouver une réponse, il suffit de le demander aux gens qui dirigent le pays.

Le premier ministre qui a qualifié les citoyens arabes d’Israël de « menaces démographiques »; le ministre de l’Éducation qui a réglé un débat ministériel en disant : « J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie et il n’y a pas de problème avec ça »; ou le ministre de la Justice qui a appelé les enfants palestiniens « de petits serpents ». « Peu importe ce que disent les nations du monde », a déclaré le ministre de la Sécurité publique au début de l’année 2018. « Le moment est venu d’exprimer notre droit biblique à la terre ».

La paranoïa sur la pureté ethnoreligieuse d’Israël n’a jamais été confinée à la droite non plus. Les « modérés » comme le regretté Shimon Peres prônaient un État palestinien non pas par un engagement envers le principe de l’autodétermination, mais plutôt comme le seul moyen de faire disparaître l’« ombre démographique » des Palestiniens à l’intérieur d’Israël.

Avant l’idée de deux États, les premiers dirigeants du Parti travailliste israélien de gauche ont récompensé les « héroïques mères » juives qui avaient plus de dix enfants et ont rédigé des « lois sur les biens des absents » pour s’assurer que les Palestiniens expulsés ne reviendraient jamais dans leurs maisons.

Il est bon de souligner que lorsque les dirigeants israéliens parlent d’une « menace démographique », autrement dit la naissance d’un Palestinien, ils parlent souvent de concitoyens israéliens : les 1,6 million d’Arabes qui vivent à l’intérieur des frontières israéliennes de 1948 et 20 % de sa population. Quel est leur avenir dans l’État juif? Aujourd’hui, les dirigeants israéliens donnent des réponses dont Richard Spencer serait fier. De nombreux défenseurs d’Israël rejettent le terme « ethno état », en insistant sur le sens d’égalité inscrit dans la Déclaration d’indépendance du pays et sur le droit de ses citoyens arabes de voter et de se présenter aux élections. Il y a aussi un débat conventionnel sur cette question, partagé entre ceux qui décrivent Israël comme une « ethnocratie » et, plus sympathiquement, comme une « démocratie ethnique ».

Séparation ethnique pacifique

Spencer et d’autres nationalistes blancs américains se tortillent toujours quand on leur demande exactement comment ils envisagent de réaliser leur vision politique aux États-Unis. Ils sont assez à l’aise de parler de limiter l’immigration non européenne pour arrêter ce qu’ils appellent « l’invasion du Tiers Monde », mais ils ne peuvent pas échapper au fait qu’environ un Américain sur quatre n’est pas blanc. Que faire avec eux?

La solution vaguement sinistre est ce qu’ils appellent la « séparation ethnique pacifique », une idée qui trouve ses racines dans les « échanges » de population, comme entre la Grèce et la Turquie en 1923, et des « transferts » unilatéraux comme l’expulsion des Allemands du centre et l’Europe de l’Est après la Seconde Guerre mondiale.

Les partisans d’Israël aiment aussi l’idée

« Transférer n’est pas un gros mot », déclarait en 2003 le fier « intellectuel » sioniste Ben Shapiro. Il avertit que « sans mesure drastique, le rêve arabe deviendra réalité », Shapiro a rassuré ses lecteurs du fait qu’« expulser une population hostile est un moyen généralement efficace de prévenir des bouleversements violents ».

Citant des événements survenus en Europe centrale et orientale après la Seconde Guerre mondiale, Shapiro conclut que « si les Allemands qui avaient un lien séculaire avec le territoire polonais nouvellement créé pouvaient être expulsés, alors sûrement les Palestiniens, dont la revendication de Judée, Samarie et Gaza est douteuse au mieux, peuvent être expulsés ».

Le ministre israélien de la Défense est d’accord. « Il existe de nombreux précédents historiques pour les échanges de terres et de populations, et pour la modification des frontières qui ont permis la création d’États homogènes et la fin des conflits internes », a déclaré le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tout en évitant de se servir du langage belliqueux de ses collègues, a déjà flirté avec de telles propositions, y compris en élaborant des plans pour « transférer » certains Arabes israéliens en Cisjordanie et les dépouiller de leur citoyenneté.

Deux points devraient être ajoutés ici

Tout d’abord, le soutien populaire à la forme la plus extrême de « transfert », l’expulsion pure et simple, est largement répandue en Israël, souvent auprès de 50 % des Israéliens juifs. Deuxièmement, une proportion tout aussi élevée d’Arabes israéliens ne veulent pas quitter Israël, et se considèrent eux-mêmes comme des « fiers citoyens ». Ainsi, un grand nombre d’Israéliens et de leurs dirigeants veulent que les Arabes partent, et ils se fichent de savoir si c’est un geste volontaire ou forcé. Ils le disent ouvertement et à plusieurs reprises. Pas étonnant que les défenseurs américains du « sionisme blanc » soient si impressionnés.

Avec des amis comme ceux-là...

Bien que la politique et la société israéliennes continuent leur descente vers la droite, elle continuera à trouver des admirateurs comme Richard Spencer. Des aspirants « hommes forts » comme Donald Trump continueront d’encenser les politiciens israéliens « véhéments contre le terrorisme ». Peut-être que les drapeaux israéliens continueront à flotter dans les quartiers protestants de Belfast. Mais le masque d’Israël est tombé. Ses dirigeants avaient l’habitude de dissimuler leurs solutions les plus cruelles au « problème arabe ». Maintenant, ils s’en vantent. Ils avaient l’habitude de se livrer à la rhétorique de la démocratie libérale. Maintenant, ils dérangent à peine. Ils avaient l’habitude de se bagarrer sur l’étiquette d’« ethno état ». Maintenant, ils l’embrassent.

Quels types d’amis cela attirera-t-il? Plus de Trumps, plus de Spencers, et qui que ce soit d’autre qui émerge des ombres de l’extrême droite à travers le monde. Une image sombre pour la « démocratie unique au Moyen-Orient », autoproclamée.

Harry Blain est doctorant en sciences politiques au Graduate Center, CUNY (Université de New York).

Adapté de : http://fpif.org/israels-new-admirers-white-nationalist-right/

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